Tout notre système va s’effondrer dans les dix prochaines années, tout le monde est d’accord !
Une réflexion à chaud du 8 septembre 2007 -
7.4
feuillets
Vous vous rendrez vite compte que vous en apprendrez plus sur ce qui se passe vraiment dans notre vaste monde à l’agonie, et en quelques minutes seulement, qu’en écoutant Monsieur Jean-Pierre Pernaut pendant des mois !!!
On me dit régulièrement que si la situation était si grave, ça se saurait, "on" nous en parlerait au "journal" télévisé. Mais quand donc pour la dernière fois un "journal" télévisé nous a-t-il informé sérieusement à propos de quoi que ce soit ?
On me dit régulièrement que ma vision est trop apocalyptique et que Dieu est si bon qu’il ne permettra pas que tout aille si mal pour le monde... Ce sont surtout des "plus ou moins chrétiens" qui me racontent ça et qui oublient un peu vite que si Dieu est amour, la vengeance est aussi à son programme !
On me dit régulièrement qu’à part moi et quelques allumés dans mon genre personne n’imagine que l’apocalypse soit pour demain ! Je ne vais pas jouer avec les mots une fois de plus et donner les nombreuses définitions de ce mot. Mais quelles que soient les nuances des uns des des autres, ce mot annonce toujours des lendemains qui déchantent.
Le titre de cette réflexion n’est pas de moi. Et ce ne sont pas des illuminés qui ont prononcé ces mots. Ceux qui ont la paternité de cette phrase ne sont pas plus fous que les économistes, ou les spécialistes du pétrole, ou les scientifiques, ou bien d’autres que j’ai déjà cités !
L’auteur de ce titre est un membre du service de planification et de prévision des forces armées britanniques ! Et cette phrase est extraite d’un rapport on ne peut plus officiel. Ce document est disponible en version originale sur le prestigieux site Jane’s et a été commenté par un autre site de référence que je cite de temps en temps ici, de defensa.
Voici quelques extraits de leurs remarques et commentaires (les citations de l’article original sont en anglais) :
5 septembre 2007 - Parfois nous nous demandons : mais est-ce que nous ne noircissons pas un peu trop les choses ? Cette sorte de question surgit souvent au coin d’un séminaire où ronronnent plantureusement les experts occidentaux ou en lisant un message parfois excédé d’un lecteur [...]
Voici donc, extrait de cette annonce, quelques paragraphes : l’introduction d’abord, puis les deux paragraphes principaux où s’est glissée notre phrase, soulignée par nous pour la rendre bien reconnaissable. Ces extraits sont introduits par le titre "Defence in 2020 and Beyond", puis par le chapeau "How best to cope with uncertainty - the challenges for governments, the military and industry".
Enchaînons...
"In 1990 the threats of today were not envisaged. Will this be equally true of the situation that will confront the world in the 2020s ?
"Equipment lead times are long and acquisition processes complex and expensive. This forum, held as DSEi brings London into global focus, looks at how to avoid being wrong footed in the 2020s. (...)
"Following on from the successful Defence Conference 2006 in London, this new annual conference looks at the global trends affecting defence and foreign policy, at the new and mutating threats, at their strategic implications and at the consequences for equipment and manpower. The Joint Doctrine and Concepts Centre of the British military predict a breakdown of the global order in the next decade and other strategic thinkers are equally pessimistic. The consequences for the armed forces of NATO countries, Australia and Japan will be particularly severe, and equipment and manpower projections and plans will require amendment. The defence industries of Western countries will have real scope to develop new capabilities and programmes.
"The conference will look at these and assess the priorities for defence ministries and the business opportunities for those who supply them. Some existing priorities will remain, others will be modified and new areas will emerge. This will be good for agile industry as countries cope with, and budget for, existential threats rather than ‘wars of choice’ and they have to decide in the light of the growing arc of extremism and as states multiply, how to bring their defence and security work into a more integrated relationship."
Plusieurs choses nous frappent...
L’extraordinaire contraste entre le papotage as usual du type “qu’est-ce que vous porterez dans les années 2020”, “quelle sera la mode en matière de communications, de blindés, de ceci, de cela...”, comment éviter d’être “wrong footed” (“mal chaussé”) dans les années 2020... Et puis cette phrase absolument crépusculaire, apocalyptique, du type “tout notre système va s’effondrer dans les dix prochaines années, tout le monde est d’accord”, - en plus, avec une référence solide, comme tout ce qu’offre Jane’s puisqu’il s’agit du service de planification et de prévision des forces armées britanniques ("The Joint Doctrine and Concepts Centre of the British military predict a breakdown of the global order in the next decade and other strategic thinkers are equally pessimistic").
Ce qui nous frappe également, c’est l’emplacement fort anodin de cette phrase, son usage de simplement ajouter un argument de poids à l’ensemble de l’argumentaire : écoutez, l’apocalypse est pour demain c’est officiel, alors il est vraiment nécessaire que vous sachiez quelle paire de chaussure porter après-demain. L’essentiel, c’est manifestement la paire de chaussures, l’apocalypse n’a vraiment qu’une importance utilitaire. D’ailleurs, on n’y revient pas, - la nouvelle ne fait pas “la une”.
Nous ne sommes pas là, dans ce texte, pour discuter de l’orientation de l’évaluation. (Nos lecteurs savent pourtant bien que cette appréciation rejoint la nôtre, tout cela, - ces prévisions extrêmement pessimistes, - étant du domaine de l’évidence.) Nous sommes pour baguenauder ou philosopher, c’est selon, sur l’aile de cette catastrophe que nos commentateurs prévoient et refusent d’appréhender dans un même élan intellectuel.
Les analystes de de defensa sont aussi désabusés que chacun de ceux qui dans un domaine ou un autre, "crie dans le désert" pour essayer en vain d’alerter ces concitoyens. Ils continuent ainsi :
... Par conséquent, non, nous ne noircissons pas vraiment les choses. Il est avéré, comme le montre ce texte anodin, que les autorités les plus respectables dans la “science” de la prévision et dans l’“expertise” de la politique de sécurité relèvent tous les signes d’une catastrophe globale, d’un collapsus du système dans un temps assez proche. Nous pourrions pinailler à propos de cette prévision, comme font nombre de spécialistes, assurés qu’à partir d’une trouvaille dans leur spécialité (“tout n’est pas si sombre qu’on nous le peint”) ils peuvent faire montre de cet esprit de contradiction qui leur semble parfois le refuge de l’intelligence et du non-conformisme. (On ne dira sans doute jamais combien de prises de position contre la perception d’un destin catastrophique de la crise climatique tiennent aujourd’hui, d’abord au fait que cette perception a atteint les cercles officiels. Il existe, c’est connu, un conformisme du non-conformisme qui ne résout pas nos problèmes mais qui satisfait quelques vanités ou préserve le confort de quelques certitudes.)
Mais non. Il nous semble que le bon sens est, cette fois, du côté de l’unanimité de la perception. Par quelque bout qu’on la prenne, y compris (et surtout ?) par le constat de l’effondrement extraordinaire de notre psychologie engendrant la lâcheté et la perversion du jugement par l’alignement conformiste, y compris (et surtout ?) par le triomphe de la laideur dans notre civilisation, - tout nous fait comprendre et sentir que l’avenir tout proche ne peut être que catastrophique. Il y a dans ce constat l’acceptation d’une fatalité historique dont nous nous sommes nous-mêmes fait les complices actifs, au moins durant les trois derniers siècles.
Je vous laisserai lire le reste directement à la source et vous vous rendrez vite compte, si vous vous promenez quelques minutes sur leur site, que vous en apprendrez plus sur ce qui se passe vraiment dans notre vaste monde à l’agonie, et en quelques minutes seulement, qu’en écoutant Monsieur Jean-Pierre Pernaut pendant des mois !!!
Voici cependant la conclusion de cet article :
En avril 1919, Valéry écrivait la phrase fameuse : "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles..." Quelques années plus tard, il fit ce commentaire, la phrase ayant connu la célébrité qu’on sait :
"Enfin, quant à ma phrase même, elle exprime une impression de 1919 et annonce le développement qui la suit et est chargé de lui donner un sens. Je la considère comme une sorte de photographie. Le titre même de l’étude (‘La crise de l’Esprit’) et l’ensemble des idées qu’elle contient me semble montrer assez clairement que j’entends décrire une “phase critique”, un état de choses opposé fortement à celui que l’on représente par les noms de “régime” et de “développement régulier”. Le problème de la IIe décade me paraît donc se préciser ainsi : Sommes-nous vraiment dans une phase critique ? A quoi le connaît-on ? Cette maladie peut-elle être “mortelle” ? Pouvons-nous, oui ou non, imaginer de telles destructions matérielles et spirituelles, ou de telles substitutions, non fantastiques mais réalisables, que l’ensemble de nos évaluations d’ordre intellectuel et esthétique n’ait plus de sens actuel ?"
Il exista donc des époques où la courage du jugement s’ajoutait à l’intelligence du jugement pour exiger de soi-même de ne rien se dissimuler de toutes les implications de ce même jugement.
Nous sommes aujourd’hui, un siècle après Valéry et les autres, devant la nécessité du courage de penser l’évidence, - puisque l’interrogation de Valéry a fait place à l’évidence de notre destin. Cette nécessité de courage, c’est tout ce qu’il nous reste pour prétendre à la dignité ... Le reste, - notre destin, - ne semble plus vraiment tout à fait de notre ressort, s’il l’a jamais été.
Vous connaissez depuis longtemps la question que je ne cesse de poser, ici et ailleurs : que dit la Bible ?
Mais aujourd’hui c’est à de defensa (http://www.dedefensa.org) que je laisse le mot de la fin :
Nous sommes aujourd’hui, un siècle après Valéry et les autres, devant la nécessité du courage de penser l’évidence, - puisque l’interrogation de Valéry a fait place à l’évidence de notre destin. Cette nécessité de courage, c’est tout ce qu’il nous reste pour prétendre à la dignité ... Le reste, - notre destin, - ne semble plus vraiment tout à fait de notre ressort, s’il l’a jamais été.
A Perpignan, le 8 septembre 2007