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Les anciens dans l’Eglise, tels que la Bible les présente
(mars 2006 - 21.9 feuillets)

Celui qui sent en lui ce désir de servir et qui prend conscience des dons reçus cherchera tout naturellement à mettre ces dons au service des autres...

Les anciens dans le Nouveau Testament, avec quelques références à l’Ancien Testament parce que la Bible forme un TOUT.

Les fonctions des anciens découlent des différents noms qu’ils portent dans le Nouveau Testament

En tant qu’anciens, ils portent, comme les anciens d’Israël et de la Grèce antique, la responsabilité de la vie communautaire de l’assemblée, ils dirigent l’Eglise et organisent l’enseignement des adultes et des jeunes. En tant qu’épiscopes, ils surveillent les différents secteurs de l’Eglise : la construction de l’édifice de Dieu, son administration financière et le fonctionnement des différents services dans le Corps de Christ. En tant que guides ou conducteurs, ils ont à marcher devant le troupeau, à explorer les terrains neufs et à servir de modèles à ceux qui les suivent.

J’exhorte donc les anciens qui sont parmi vous, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ et participant à la gloire qui doit être révélée : Faites paître le troupeau de Dieu qui est avec vous, non par contrainte, mais volontairement selon Dieu ; ni pour un gain sordide, mais de bon coeur ; non en tyrannisant ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau ; et, lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous remporterez la couronne incorruptible de la gloire (1 Pierre 5.1-4)

Ils sont les "économes de Dieu"

Il faut en effet que l’évêque soit irréprochable, comme intendant de Dieu, qu’il ne soit ni arrogant, ni coléreux, ni adonné au vin, ni violent, ni âpre au gain ; mais qu’il soit hospitalier, ami du bien, sensé, juste, consacré, maître de lui, attaché à la parole authentique telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de convaincre les contradicteurs (Tite 1.7-9).

Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs de Christ et des administrateurs des mystères de Dieu. Du reste, ce qu’on demande des administrateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle (1 Corinthiens 4.1-2).

Toutes les questions concernant l’orientation générale de l’Eglise : doctrine, expansion, constructions, politique financière... relèvent donc du conseil des anciens. Dans Actes 11.30, l’aide financière destinée aux pauvres de l’Eglise de Jérusalem est remise entre les mains des anciens. Dans Actes 15.6, 12, 15, ils examinent un problème doctrinal qui risquait de diviser l’Eglise. Ils assument cette direction de façon strictement collégiale, chacun contribuant à la marche de l’ensemble selon ses dons particuliers. Chaque membre de ce conseil agit au nom de tous et avec leur approbation. Il le représente dans les actes publics. Les anciens délèguent des fonctions aux diacres et aux autres membres de l’Eglise. Leur unité est primordiale pour le maintien de celle de l’Eglise.

En tant que bergers, les anciens doivent paître le troupeau de Dieu

Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au sein duquel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour faire paître l’Eglise de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang (Actes 20.28).

Faites paître le troupeau de Dieu qui est avec vous, non par contrainte, mais volontairement selon Dieu ; ni pour un gain sordide, mais de bon coeur ; non en tyrannisant ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau ; et, lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous remporterez la couronne incorruptible de la gloire (1 Pierre 5.2-4)

c’est-à-dire le conduire en marchant devant lui

Le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et les mène dehors. Lorsqu’il a fait sortir toutes celles qui lui appartiennent, il marche devant elles ; et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix (Jean 10.3-4)

veiller sur lui en le préservant des dangers qui le menacent

Mais le mercenaire, qui n’est pas berger et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s’enfuit. Et le loup s’en empare et les disperse. C’est qu’il est mercenaire et qu’il ne se met pas en peine des brebis. Moi, je suis le bon berger (Jean 10.12-13)

Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au sein duquel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour faire paître l’Eglise de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang. Je sais que parmi vous, après mon départ, s’introduiront des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau, et que du milieu de vous se lèveront des hommes qui prononceront des paroles perverses, pour entraîner les disciples après eux. Veillez donc, en vous souvenant que, pendant trois ans, je n’ai cessé nuit et jour d’avertir avec larmes chacun de vous (Actes 20.28-31)

Nous vous demandons, frères, d’avoir de la considération pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le Seigneur et qui vous avertissent. Ayez pour eux la plus haute estime avec amour, à cause de leur oeuvre. Soyez en paix entre vous. Nous vous y exhortons, frères : avertissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, supportez les faibles, usez de patience envers tous (1 Thessaloniciens 5.12-14)

le nourrir par un enseignement approprié et prendre soin des brebis, surtout des plus faibles

En tout, je vous ai montré qu’il faut travailler ainsi, pour venir en aide aux faibles, et se rappeler les paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir (Actes 20.35)

Vous mangez la graisse, vous êtes vêtus avec la laine, vous avez sacrifié les bêtes grasses, vous ne faites pas paître les brebis. Vous n’avez pas fortifié celles qui étaient faibles, soigné celle qui était malade, pansé celle qui était blessée ; vous n’avez pas ramené celle qui s’égarait, cherché celle qui était perdue ; mais vous les avez dominées avec force et avec rigueur. Elles ont été disséminées par manque de berger ; elles sont devenues la proie de tous les animaux de la campagne ; elles ont été disséminées (Ezéchiel 34.3-5)

Vous savez aussi que nous avons été pour chacun de vous ce qu’un père est pour ses enfants ; nous vous avons exhortés, consolés, adjurés de marcher d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son royaume et à sa gloire (1 Thessaloniciens 2.11-12)

Depuis le début, certains anciens étaient rétribués pour leur ministère d’enseignement qu’ils accomplissaient sans doute à mi-temps ou à plein-temps

Que celui à qui l’on enseigne la parole fasse participer à tous ses biens celui qui l’enseigne (Galates 6.6)

De même aussi, le Seigneur a établi comme règle que ceux qui annoncent l’Evangile vivent de l’Evangile (1 Corinthiens 9.14)

Que les anciens qui président bien, soient jugés dignes d’un double honneur, surtout ceux qui prennent de la peine à la prédication et à l’enseignement. Car l’Ecriture dit : Tu n’emmuselleras pas le boeuf qui foule le grain, et : L’ouvrier mérite son salaire (1 Timothée 5.17-18)

Le passage cité de 1 Timothée nous montre aussi que tous les anciens ne s’occupaient pas de tout et n’avaient pas les mêmes fonctions : chacun se spécialisait dans le domaine auquel ses dons le destinaient : prédication et enseignement, relation d’aide, gouvernement, évangélisation...

L’institution des anciens

Dieu a établi dans l’Eglise premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs (associés aux pasteurs dans Ephésiens 4.11), ensuite ceux qui ont le don... de gouverner (1 Corinthiens 12.28). Christ a donné... les autres comme pasteurs et docteurs (Ephésiens 4.11).

Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au sein duquel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour faire paître l’Eglise de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang (Actes 20.28)

D’après ces versets, c’est donc Dieu lui-même, Père, Fils et Saint-Esprit, qui choisit et établit les anciens dans leur ministère. C’est lui qui accorde les "grâces de service" et qui "met dans le coeur l’empressement" et le "zèle" pour se dévouer au service des chrétiens

Grâces soient rendues à Dieu de ce qu’il a mis dans le coeur de Tite le même empressement pour vous : car il a accueilli notre exhortation plus empressé que jamais, c’est de son plein gré qu’il part pour aller chez vous (2 Corinthiens 8.16)

Celui qui sent en lui ce désir de servir et qui prend conscience des dons reçus cherchera tout naturellement à mettre ces dons au service des autres.

Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune (1 Corinthiens 12.7) Puisque chacun a reçu un don mettez-le au service des autres en bons intendants de la grâce si diverse de Dieu (1 Pierre 4.10)

Il en résulte diverses "opérations", c’est-à-dire actions

Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de services, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous (1 Corinthiens 12.4-6)

qui ne pourront échapper aux chrétiens.

Ainsi l’Eglise prendra, à son tour, conscience des dons qui lui ont été faits en la personne de ces frères et elle leur confiera diverses tâches pour les "mettre à l’épreuve".

Cette mise à l’épreuve est clairement exigée pour les diacres : Qu’on les éprouve d’abord, et qu’ils exercent ensuite leur ministère, s’ils sont sans reproche (ou : si on ne trouve rien à leur reprocher).

Qu’il ne soit pas nouveau converti, de peur qu’enflé d’orgueil, il ne tombe sous le jugement du diable (1 Timothée 3.10)

La forme de la phrase (kai outoi de : eux aussi) indique que les évêques étaient aussi soumis à un stage probatoire.

Différents termes sont utilisés pour la manière de choisir des serviteurs de Dieu. La première fois où des chrétiens ont été sélectionnés pour un service particulier, l’apôtre Pierre dit à "la multitude des disciples" : "Frères, choisissez (episkeptomai) parmi vous sept hommes... que nous chargerons (kathistêmi) de cet emploi... Ils élurent (eklegô) Etienne".

C’est pourquoi, frères, choisissez parmi vous sept hommes, de qui l’on rende un bon témoignage, remplis de l’Esprit et de sagesse, et nous les chargerons de cet emploi. Pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la parole. Ce discours plut à toute la multitude. Ils élurent Etienne, homme plein de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte d’Antioche (Actes 6.3-5)

Le premier terme est apparenté à episkopos et signifie : regarder autour de soi pour faire un choix (Dieu a jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d’elles un peuple).

Frères, écoutez-moi ! Simon a raconté comment pour la première fois Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple (consacré) à son nom (Actes 15.14)

Le deuxième terme se retrouve dans Tite 1.5 (Que tu établisses des anciens).

Le troisième (eklegô) est fréquent dans le grec profane et dans le Nouveau Testament. Dès l’époque de Platon, il était utilisé pour les élections des anciens chargés de l’administration de la cité (Platon : Rép. 536 c ; Polybe 6.10.9), des archontes et autres magistrats. Dans l’armée, on l’employait lorsqu’il s’agissait de sélectionner des hommes pour des tâches particulièrement difficiles ou glorieuses (Polybe 9.13.9). Luc l’emploie également pour le choix des délégués chargés d’apporter la lettre contenant les décisions de la conférence de Jérusalem.

Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, ainsi qu’à l’Eglise entière, de choisir parmi eux et d’envoyer à Antioche, avec Paul et Barnabas, Jude appelé Barsabbas et Silas, hommes estimés parmi les frères (Actes 15.22)

Il nous a paru bon, après nous être mis d’accord, de choisir des hommes et de vous les envoyer avec nos bien-aimés Barnabas et Paul (Actes 15.25)

Un autre terme apparaît dans Actes 14.23 : Ils firent nommer (cheirotoneô) des anciens dans chaque Eglise. Ce mot ne se retrouve que dans 2 Corinthiens 8.19 : Nous envoyons avec lui (Tite) le frère dont la louange... est répandue dans toutes les Eglises, et qui, de plus, a été choisi par les Eglises pour être notre compagnon de voyage. Les différentes conceptions du ministère se cristallisent autour de ce terme. littéralement, il veut dire : lever ou étendre la main. On peut étendre sa main en pointant quelqu’un du doigt. Dans ce cas, on traduira : "ils leur désignèrent des anciens dans chaque ville." On peut étendre ses mains et les poser sur la tête de quelqu’un. On obtient alors : "ils instituèrent des anciens" Mais "cheirotoneô, nous dit E. Brunner, n’a absolument rien à voir avec l’imposition des mains. C’est le terme technique qu’on emploie pour élire, désigner à une fonction, et l’idée de base n’est pas celle d’imposer la main, mais celle de la lever, façon usuelle de donner sa voix à un candidat".

L’ensemble de la communauté avait une grande part dans les prises de décisions de l’Eglise primitive. Ainsi les frères de l’Eglise d’Antioche "décidèrent que Paul et Barnabas et quelques-uns des leurs monteraient à Jérusalem".

Après un vif débat et une violente discussion que Paul et Barnabas eurent avec eux, l’on décida que Paul et Barnabas et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens, à propos de cette question (Actes 15.2)

Là il nous est dit qu’il parut bon aux apôtres et aux anciens et à toute l’Eglise de "choisir (eklegô) parmi eux et d’envoyer à Antioche avec Paul et Barnabas, Jude appelé Barsabas et Silas...".

Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, ainsi qu’à l’Eglise entière, de choisir parmi eux et d’envoyer à Antioche, avec Paul et Barnabas, Jude appelé Barsabbas et Silas, hommes estimés parmi les frères (Actes 15.22)

Quelques Eglises désignèrent et envoyèrent aussi les frères chargés de recueillir les libéralités des saints et de les porter à Jérusalem. Et quand je serai venu, j’enverrai avec des lettres ceux que vous aurez approuvés pour porter vos dons à Jérusalem ; s’il vaut la peine que j’y aille moi-même, ils feront le voyage avec moi (1 Corinthiens 16.34)

Nous envoyons avec lui le frère dont la louange, à cause de ce qu’il a fait pour l’Evangile, est répandue dans toutes les Eglises ; de plus, il a été désigné par les Eglises pour être notre compagnon de voyage dans cette oeuvre de grâce, dont nous avons la charge pour la gloire du Seigneur lui-même et (en témoignage de) nos bonnes dispositions (2 Corinthiens 8.18-19)

Ainsi, pour ce qui est de Tite, il est mon compagnon et mon collaborateur auprès de vous ; et quant à nos frères, ils sont les envoyés des Eglises, la gloire de Christ (1 Corinthiens 8.23)

Epaphrodite, compagnon d’oeuvre de Paul, était l’envoyé des Philippiens auprès de Paul

J’ai estimé nécessaire de vous envoyer Epaphrodite, mon frère, mon compagnon d’oeuvre et de combat, que vous m’avez envoyé, et à qui vous avez donné de quoi pourvoir à mes besoins ; il désirait ardemment vous voir tous, et il était fort en peine de ce que vous ayez appris sa maladie (Philippiens 2.25-26)

Les Eglises étaient traitées en personnes majeures, capables de discerner les directives du Saint-Esprit pour le choix de leurs responsables. L’ordre chronologique normal paraît donc être le suivant :

Dieu accorde des dons à un certain nombre de frères. Ceux-ci en prennent conscience lors du service qu’ils exercent pour l’Eglise. L’assemblée prend conscience, de son côté, des dons de ces frères. Elle exprime son avis lors d’une consultation à ce sujet. Elle les "met à l’épreuve" durant un certain temps. Les frères choisis sont officiellement établis dans leur charge avec imposition des mains de l’assemblée des anciens

Ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains (Actes 6.6) Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains et les laissèrent partir (Actes 13.3)

Ne néglige pas le don qui est en toi et qui t’a été donné par la prophétie, avec l’imposition des mains du collège des anciens (1 Timothée 4.14)

N’impose les mains à personne avec précipitation, et ne te rends pas complice des péchés d’autrui ; toi-même, garde-toi pur (1 Timothée 5.22)

Notons cependant qu’au Ier siècle, les apôtres ou leurs délégués (Timothée, Tite) ont joué un rôle non négligeable lors de la nomination des anciens.

Ils firent nommer pour eux des anciens dans chaque Eglise, et, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru (Actes 14.23)

Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler, et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville (Tite 1.5)

Si l’apôtre Paul a précisé à Timothée

Cette parole est certaine : si quelqu’un aspire à la charge d’évêque, il désire une belle activité. Il faut donc que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre, sensé, sociable, hospitalier, apte à l’enseignement, qu’il ne soit ni adonné au vin, ni violent, mais conciliant, pacifique, désintéressé ; qu’il dirige bien sa propre maison et qu’il tienne ses enfants dans la soumission, avec une parfaite dignité. Car si quelqu’un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Eglise de Dieu ? Qu’il ne soit pas nouveau converti, de peur qu’enflé d’orgueil, il ne tombe sous le jugement du diable. Il faut aussi qu’il reçoive un bon témoignage de ceux du dehors, afin de ne pas tomber dans le discrédit et dans les pièges du diable (1 Timothée 3.1-7)

et à Tite

Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler, et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville, s’il s’y trouve quelque homme irréprochable, mari d’une seule femme, ayant des enfants fidèles, qui ne soient ni accusés de débauche ni indisciplinés. Il faut en effet que l’évêque soit irréprochable, comme intendant de Dieu, qu’il ne soit ni arrogant, ni coléreux, ni adonné au vin, ni violent, ni âpre au gain ; mais qu’il soit hospitalier, ami du bien, sensé, juste, consacré, maître de lui, attaché à la parole authentique telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de convaincre les contradicteurs (Tite 1.5-9)

les qualités dont un ancien devait faire preuve, c’était certainement parce que ces "délégués apostoliques" devaient enseigner l’Eglise sur les conditions à remplir par les candidats et veiller à ce qu’elles soient respectées chez ceux qu’elle allait instituer. Comme pour beaucoup d’autres fonctions apostoliques, la plupart des Eglises évangéliques n’ont trouvé aucune modalité restituant cet office important.

Les anciens dans l’Eglise primitive

Les anciens des Eglises "vont superviser les affaires de la nouvelle société de la même manière que leurs collègues juifs s’occupaient de la synagogue" (L. Morris).

Dans les Eglises fondées par les apôtres, des anciens étaient chargés de diriger la communauté. Ils portaient différents noms plus ou moins équivalents.

Le mot episkopos, qui a donné par francisation le mot évêque, était utilisé en Grèce pour désigner les commissaires chargés de régir une nouvelle colonie ainsi que les magistrats municipaux et les fonctionnaires d’associations religieuses qui géraient les fonds et faisaient appliquer les règlements. Le terme s’appliquait aussi à des philosophes lorsqu’ils étaient chargés de la direction spirituelle de certaines personnes. En Syrie, le terme était employé pour ceux qui surveillaient une construction. Dans la LXX, Dieu est l’épiscope suprême

Le mot s’applique aussi à un magistrat, un gouverneur de province ou aux hommes chargés de surveiller les travaux du Temple et de veiller à son approvisionnement en huile et en parfums.

Les anciens des Eglises étaient aussi appelés bergers ou pasteurs, un mot déjà utilisé dans l’Ancien Testament pour désigner les conducteurs du peuple

Je vous donnerai des bergers selon mon coeur, Et ils vous feront paître Avec intelligence et avec discernement (Jérémie 3.15)

Et je rassemblerai le reste de mes brebis De tous les pays où je les ai chassées ; Je les ramènerai dans leur enclos ; Elles seront fécondes et multiplieront. J’établirai sur elles des bergers qui les feront paître ; Elles n’auront plus peur, elles ne trembleront plus, et il n’en manquera aucune, dit l’Eternel (Jérémie (2 3.1, 4)

Jésus s’est donné comme modèle du bon Berger.

Moi, je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis (Jean 10.11, voir aussi Jean 10.1-16)

Paul utilise le terme une seule fois en le combinant au ministère de docteur.

C’est aussi lui qui a établi les uns apôtres, les autres interprètes, les autres évangélistes, et les autres bergers et instructeurs (Ephésiens 4.11)

Pierre emploie pour les anciens l’image du berger sans utiliser le nom lui-même

Faites paître le troupeau de Dieu qui est avec vous, non par contrainte, mais volontairement selon Dieu ; ni pour un gain sordide, mais de bon coeur ; non en tyrannisant ceux qui vous sont confiés, mais en devenant les modèles du troupeau ; et, lorsque le souverain pasteur paraîtra, vous remporterez la couronne incorruptible de la gloire (1 Pierre 5.2-4)

L’Epître aux Hébreux leur donne le nom de conducteurs ou guides (hêgoumenoi : Hébreux 13.7, 17, 24). Ce mot était déjà utilisé dans Actes 14.12 pour Paul présenté comme "guide de la Parole" et Actes 15.22 pour Jude et Silas nommés "des hommes, guides parmi les frères". Le mot ne reparaît que dans l’Epître de Clément de Rome (1 .3) où les guides semblent distincts des presbytres (2 1.6). Le mot grec signifie littéralement celui qui marche devant. Il désigne souvent le chef d’une troupe, un gouverneur ou un prince et s’applique aussi bien aux autorités civiles qu’aux chefs religieux.

On peut ajouter à ces termes la mention de "ceux qui vous dirigent (proistamenous) dans le Seigneur".

Nous vous demandons, frères, d’avoir de la considération pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le Seigneur et qui vous avertissent (1 Thessaloniciens 5.12)

Ce même verbe se retrouve dans 1 Timothée 3.4-5 parmi les conditions requises de l’évêque. Le nom de proistamenos (président) désigne l’un des charismes énumérés dans Romains 12.8. Nous pouvons aussi en rapprocher "ceux qui gouvernent (kubernêsis = le pilote)".

Et Dieu a établi dans l’Eglise premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes, troisièmement des docteurs ; ensuite il y a (le don) des miracles, puis les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses sortes de langues (1 Corinthiens 12.28)

Peut-être l’allusion de 1 Corinthiens 16.15-16 aux "prémices (aparchê) de l’Achaïe" qui se dévouent au service des saints et à ceux "qui travaillent à la même oeuvre" est-il à comprendre dans le même sens. Paul demande d’avoir de la déférence pour eux (Hébreux 13.7, 17 ; 1 Thessaloniciens 5.12)

On peut conclure de l’usage de ces termes qu’il n’existait pas de stéréotypie dans les Eglises primitives, mais bien une fonction de direction reconnue par tous et qui prenait selon les endroits, les besoins et les moments, des noms divers. "Le terme ’ancien’ souligne la dignité de l’office (comme au temps d’Israël), ’évêque’ en souligne la fonction (= surveillant), ’pasteur’ (berger) décrit le travail accompli à l’égard des brebis, ’conducteur’ (Hébreux 13.7, 17, 24) décrit la position du guide qui indique la direction par son exemple, son influence ou son conseil" (F. Buhler, l’Eglise locale, p. 54).

Equivalence des termes

Les auteurs du Nouveau Testament utilisent indifféremment les termes ancien et évêque. Paul s’adresse aux anciens d’Ephèse (Actes 20.17) en les appelant évêques (Actes 20.28). Il demande à Tite d’établir des anciens dans chaque ville

Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler, et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville (Tite 1.5)

mais en dressant la liste des conditions qu’un ancien doit remplir, il dit : "un évêque doit être..." (verset 7). La Didaché, Polycarpe, Clément de Rome, Hermas... utilisent également ces deux termes en leur donnant le même sens. Les auteurs des 4e et 5e siècles affirment que la distinction entre les deux offices existant en leur temps ne remonte pas au temps des apôtres.

Les termes d’ancien et de pasteur sont également équivalents. Dans le passage cité plus haut

Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au sein duquel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour faire paître l’Eglise de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang (Actes 20.28)

l’apôtre demande aux anciens de paître l’Eglise du Seigneur. Pierre recommande de même aux anciens de : "Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde".

J’exhorte donc les anciens qui sont parmi vous, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ et participant à la gloire qui doit être révélée : Faites paître le troupeau de Dieu qui est avec vous, non par contrainte, mais volontairement selon Dieu ; ni pour un gain sordide, mais de bon coeur (1 Pierre 5.1-2)

"Les trois termes d’ancien, d’épiscope et de pasteur désignent tous trois une seule et même charge" (H. D’Espine, Les Anciens, p. 19).

Le gouvernement collégial de l’Eglise

Les synagogues étaient dirigées par un conseil de 7 ou 9 anciens. La responsabilité collégiale était aussi le modèle dominant de l’Eglise primitive. Dans tout le Nouveau Testament comme dans la littérature postapostolique, les termes d’ancien et d’évêque apparaissent toujours au pluriel, sauf lorsque l’apôtre énumère les qualifications requises pour chacun d’eux.

Des anciens dirigent l’Eglise de Jérusalem

Après un vif débat et une violente discussion que Paul et Barnabas eurent avec eux, l’on décida que Paul et Barnabas et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens, à propos de cette question (Actes 15.2)

Les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette affaire (Actes 15. 6)

Le lendemain, Paul se rendit avec nous chez Jacques, et tous les anciens y vinrent aussi (Actes 21.18)

Paul et Barnabas "firent nommer des anciens dans chaque église". Ils firent nommer pour eux des anciens dans chaque Eglise, et, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur en qui ils avaient cru (Actes 14.23)

Dans 1 Thessaloniciens 5.12, Paul demande à ses lecteurs d’avoir des égards pour "ceux qui travaillent" parmi eux. Dans l’adresse de l’Epître aux Philippiens, il inclut les évêques et les diacres (1 .1). A Tite, il demande d’établir "des anciens dans chaque ville" (1 .5). A Milet, il convoque les anciens de l’Eglise d’Ephèse (Actes 20.17). A Timothée, il parle de "l’assemblée des anciens" (1 Timothée 4.14). Il lui écrit : "Que les anciens qui dirigent bien soient jugés dignes d’un double honneur".

Que les anciens qui président bien, soient jugés dignes d’un double honneur, surtout ceux qui prennent de la peine à la prédication et à l’enseignement (1 Timothée 5.17)

Il y en avait plusieurs qui travaillaient à la prédication et à l’enseignement (v. 17b). Jacques demande aux malades d’appeler les anciens de l’Eglise (5.14). Pierre aussi adresse ses exhortations "aux anciens qui sont parmi vous".

J’exhorte donc les anciens qui sont parmi vous, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ et participant à la gloire qui doit être révélée (1 Pierre 5.1)

Le singulier de 1 Timothée 3.2 et de Tite 1.7 ("Il faut donc que l’évêque soit...") ne prouve pas, contre tous ces passages, qu’il ait existé un épiscopat monarchique, puisque dans la lettre à Tite cet énoncé des conditions suit l’exhortation : "Que tu établisses des anciens dans chaque ville, s’il s’y trouve quelque homme irréprochable... car il faut que l’évêque soit irréprochable" (1 .5-7). Chaque évêque devait répondre au portrait-robot que l’apôtre en esquisse. Cette réfutation vaut aussi pour 1 Timothée 3.2. On a prétendu que le mot évêque était toujours au singulier dans les Pastorales et ancien toujours au pluriel, mais dans 1 Timothée 5.19, l’apôtre demande de ne pas recevoir d’accusations contre un ancien, exactement comme il demande qu’un évêque soit irréprochable. D’ailleurs, à cette époque, Timothée se trouvait à Ephèse (1 Timothée 1.3) où nous avons vu que plusieurs anciens dirigeaient l’Eglise collégialement (Actes 20.17).

"Ce n’est pas à un homme isolé que (Jésus) a entendu confier la conduite de son troupeau en chaque lieu, mais à un groupe d’hommes collectivement responsables" (H. D’Espine, op. cit., p. 31). "Nulle part dans le Nouveau Testament on ne trouve une direction monarchique de l’Eglise" (E. Schweizer). "Les presbytres ou évêques apparaissent toujours ensemble sans qu’aucun d’eux exerce sur les autres la prépondérance. Ils délibèrent collégialement, prennent d’accord leurs décisions et les communiquent de même... Les deux termes épiscopes et presbytre ont le même sens et sont interchangeables" (Chanoine G. Bardy, La théologie de l’Eglise..., p. 40). Le gouvernement de l’Eglise des premiers temps du christianisme était collégial.

Dès le 1er siècle cependant, il y eut des hommes qui voulaient dominer le troupeau (1 Pierre 5.3, Jean 9.10).

Peu à peu on verra émerger partout un homme qui prend la tête du groupe des anciens et qui, seul, portera désormais le titre d’évêque. Ignace d’Antioche, qui écrivit ses lettres au début du IIème siècle dans la province d’Asie, est le premier auteur postapostolique qui ait distingué l’évêque des anciens. Pour lui, l’évêque est le représentant de Dieu, son autorité dérive de celle des apôtres et il ne doit y avoir qu’un seul évêque par cité (cité au singulier). Peu à peu, un certain nombre de privilèges se concentreront entre les mains de l’évêque : administrer les sacrements (baptême et Sainte Cène), présider le clergé et en ordonner les membres, administrer les revenus de l’Eglise, consacrer les édifices du culte...

Les qualifications des anciens

Des recommandations de 1 Timothée 3.1-7 ; Tite 1.5-9 et 1 Pierre 5.1-4 se dégagent un certain nombre de conditions à remplir par ceux qui "aspirent" à la fonction d’ancien. Les qualifications spirituelles, personnelles, familiales et sociales prédominent nettement sur les qualifications propres au ministère.

a) Qualifications spirituelles : l’ancien doit être saint, c’est-à-dire qu’il doit "rechercher la sanctification" dans sa propre vie (Hébreux 12.14, 1 Thessaloniciens 4.1-8) attaché à la saine parole, c’est-à-dire stable dans sa foi et sa théologie ; il ne doit pas dominer le troupeau ni être un nouveau converti.

b) Qualifications personnelles : l’ancien doit être sobre, pas adonné au vin, modéré, modeste, pas attaché à l’amour de l’argent ou à un gain malhonnête, maître de soi, pas violent ou colérique, mais pacifique et indulgent.

c) Qualifications familiales : l’évêque doit être mari d’une seule femme, ce qui exclut évidemment la polygamie (officielle ou secrète). L’expression a été retrouvée sur des inscriptions avec le sens de : mari fidèle à sa femme. Il n’est pas exclu qu’elle pose aussi la condition : non divorcé et remarié. Il doit bien diriger sa maison (être hospitalier) et tenir ses enfants dans la soumission.

d) Qualifications sociales : l’ancien doit "avoir une bonne réputation auprès des non-chrétiens afin qu’il ne soit pas exposé au scandale et pris dans les pièges du diable". C’est pourquoi la première condition posée à l’évêque est d’être irréprochable, c’est-à-dire qu’on ne puisse pas lui reprocher de manquement positif à la loi civile ou morale ainsi qu’aux normes courantes du comportement. Il doit être juste et impartial.

e) Qualifications propres au ministère : l’ancien doit être capable d’enseigner, d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs.

Jean
Avignon, mars 2006

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Post-Scriptum

Cette étude sur les anciens a essentiellement été rédigée d’après des articles à ce sujet dans le Nouveau Dictionnaire Biblique Emmaüs et le Dictionnaire Biblique pour tous.

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